Du Nord au Sud : La grande traversée du Vietnam

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Road Trip Vietnam

Rien ne vous prépare au contraste permanent du Vietnam. Passer en quelques heures du tumulte étourdissant des grandes métropoles au silence presque mystique des rizières relève presque de la magie. C'est dans ce grand écart perpétuel entre tradition millénaire et énergie débordante que je me suis laissé embarquer.

Hanoï

Il y a des villes qui vous accueillent en douceur, et puis il y a Hanoï. Dès la sortie de l'aéroport, la capitale vietnamienne m'a happé dans son tourbillon. Un concert ininterrompu de klaxons, une chaleur moite chargée d'arômes de coriandre et de café torréfié, et cette énergie qui serpente dans chaque ruelle.

Mon aventure a véritablement commencé au sein du Vieux Quartier, le fameux quartier des 36 corporations. Ici, chaque rue porte le nom du métier qu'on y pratiquait autrefois : la rue de la soie, de l'argent, du bambou ... Je me suis laissé porter par la foule, manquant de me faire renverser dix fois par des nuées de scooters transportant l'impossible ; des piles de cartons, des familles entières, parfois même des arbres fruitiers. Sur les trottoirs, la vie déborde : des femmes au chapeau conique vendent des mangues fraîches, tandis que des locaux discutent assis sur de minuscules tabourets en plastique rouge, dégustant une soupe fumante à même la rue.

Saturé par le tumulte des ruelles, je trouve mon refuge à quelques pas de là, au lac Hoan Kiem. C'est le véritable poumon spirituel de la ville. Tôt le matin, alors qu'une fine brume flotte encore sur l'eau, on peut y croiser des habitants pratiquant le tai-chi. En traversant le célèbre pont Huc, en bois rouge vif, on peut rejoindre le temple de la Montagne d'Or, perché sur son îlot. Mon coup de coeur absolu reste le Temple de la Littérature. Consacré à Confucius et première université du Vietnam, cet ensemble de cours paisibles, de bassins couverts de nénuphars et de portes sculptées offre une parenthèse hors du temps. En déambulant sous les toits de tuiles vernissées, je me suis presque mis à entendre l'écho des érudits d'autrefois.

Pour boucler cette courte immersion, il me fallait vivre deux expériences incontournables enfin pour les touristes d'un jour. La première m'a conduit le long de Train Street, une ruelle si étroite que les façades des maisons semblent toucher les rails du chemin de fer. J'avais déjà ressenti cela en Thaïlande du côté de Ratchaburi. Pour me remettre de mes émotions, direction un petit café caché au fond d'une arrière-cour pour goûter à la grande spécialité locale : le Cà phê trứng, le café à l'oeuf. La douceur de la mousse de jaune d'oeuf fouetté avec du lait concentré équilibre à la perfection l'amertume du café noir. Une vraie gourmandise, à l'image d'Hanoï.

Ninh Binh

Dès le lendemain, avec une pointe de regret car il me restait plusieurs choses à découvrir à Hanoï, je quitte l'agitation urbaine pour la sérénité de Ninh Binh, que l'on surnomme la « baie d'Halong terrestre ». À bord d'une petite barque en bambou ramée au pied par une locale, je glisse sur les eaux calmes de Tam Coc, traversant les grottes sombres creusées sous la roche, la tête frôlant presque les stalactites, le long des rizières d'un vert tendre. On se serait cru dans une estampe asiatique. Le silence n'était brisé que par le clapotis de l'eau, un contraste saisissant avec la folie de la capitale.

Un peu plus loin sur la route, au détour d'un virage, dissimulée au creux des montagnes, la pagode de Bich Dong m'a ouvert ses portes. On y accède par un pont de pierre franchissant un étang couvert de lotus. Le temple, incrusté directement dans la falaise et la roche, semble faire corps avec la montagne. Un peu plus loin, les vestiges de Hoa Lu, l'ancienne capitale du Vietnam aux 10ème et 11ème siècle, sont venus ajouter une touche d'histoire et de nostalgie à cette parenthèse bucolique.

Mais Ninh Binh ne s'endort pas tout à fait avec le soleil. Une fois la nuit tombée, le petit centre-ville s'éveille d'une toute autre manière. Autour du lac Kỳ Lân, l'atmosphère se fait douce et festive. Les lumières des enseignes se reflètent sur l'eau sombre, et les temples deviennent presque magique sous les projecteurs qui subliment ses toits courbés. La vie nocturne à ici un côté chaleureux et à taille humaine : on s'assoit en terrasse avec une bière fraîche et on écoute les rires des voyageurs et des habitants qui se mélangent jusqu'à tard.

Halong

Cette communion avec la nature s'est poursuivie le jour suivant lors de mon arrivée sur la baie d'Halong. Embarquer pour une croisière de vingt-quatre heures au milieu de ces milliers d'îlots de calcaire émergeant de l'eau émeraude reste l'un des moments forts de mon voyage. Au cours de la croisière, je pose pied à terre et visite la grotte de Sung Sot (Grotte des Surprises), une des plus grande et des plus célèbre de la baie avec ses vastes salles remplies de superbes stalactites et stalagmites. Ensuite, je profite d'une balade en barque en bambou pour découvrir la grotte de Luon au travers d'un labyrinthe rocheux.

Hue

Mon voyage prend une tournure plus romanesque avec mon trajet à bord du train de nuit en direction du centre du pays. Bercé par le roulis régulier des rails, j'ai traversé le pays endormi pour me réveiller au matin à Hue, l'ancienne capitale impériale. Après un petit déjeuner copieux, je découvre la pagode de la Dame céleste. Il s'agit de la plus haute pagode du Vietnam avec ses six étages. Elle se situe sur la colline Hà Khê à quelques kilomètres de la citadelle imprériale et surplombe la rivière des Parfums.

Ensuite, j'ai passé la journée à explorer les vestiges de la Cité Pourpre Interdite et les impressionnants tombeaux des empereurs Nguyen, des lieux chargés d'histoire qui murmurent encore les secrets de la royauté passée. La dynastie Nguyen a, pour votre culture personnelle, adopté une architecture militaire occidentale pour planifier ses villes fortifiées du nord au sud du pays, en suivant le modèle de Vauban, célèbre ingénieur militaire français.

Hoi An

S'il est un endroit au Vietnam où le temps semble s'être arrêté dans un écrin de soie et de papier jaune, c'est bien Hoi An. Après les escales vibrantes du nord, arriver dans cette ancienne cité marchande inscrite à l'UNESCO me fait l'effet d'entrer directement dans un tableau pastel. Ici, les voitures sont bannies du centre historique et le rythme du voyage ralentit instantanément. Dès mes premiers pas dans le centre, je suis séduit par l'architecture unique de la ville, précieux mélange d'influences vietnamiennes, chinoises et japonaises. Les façades en bois sculpté et les murs peints d'un jaune chaud créent une atmosphère chaleureuse.

Ma première halte me mène naturellement devant le célèbre pont couvert japonais. Construit au 17ème siècle, cet ouvrage en bois surmonté d'un petit pagodon suspendu au-dessus de l'eau est bien plus qu'un monument : c'est l'âme de Hoi An où les marchands d'autrefois échangeaient de la soie, des épices et de la porcelaine. Au fil des ruelles, je tombe sur le hall de Phuc Kien et son grand portail rouge. A l'intérieur, d'immenses spirales d'encens s'accrochent au plafond, diffusant un parfum envoûtant, tandis que des dragons sculptés gardent des autels richement ornés.

Si Hoi An est charmante de jour, c'est à la nuit tombée qu'elle devient véritablement magique. Vers dix-sept heures, alors que le soleil décline, les néons s'éteignent pour laisser place à des milliers de lanternes en soie multicolores qui s'illuminent simultanément. Un spectacle est féerique au son des marchés de nuit, des étals de Cao Lầu (les nouilles traditionnelles de la ville) et des rires des promeneurs.

Ho Chi Minh

Mon aventure s'est achevée tout au sud, à Ho Chi Minh. L'ancienne Saigon m'a sauté au visage avec sa modernité trépidante, ses gratte-ciels audacieux et ses millions de scooters qui dictent le tempo de la ville. Je me suis cru de retour à Hanoï. Je commence mon exploration dans le 1er arrondissement, là où l'empreinte française est la plus visible. En me tenant face à la cathédrale Notre-Dame avec ses briques rouges importées de Toulouse, puis en poussant les portes de la légendaire poste centrale. Sous la charpente métallique imaginée par les ateliers Eiffel, au milieu des vieilles cabines téléphoniques en bois et des grands portraits d'Ho Chi Minh, le temps semble suspendu.

À quelques rues de là, le palais de l'Indépendance me plonge dans une tout autre époque. C'est ici même, lorsque les chars ont enfoncé les grilles en 1975, que la guerre du Vietnam s'est achevée. A l'intérieur, d'après mon guide local, on y trouve des salons rétro inchangés depuis les années 1970 et un bunker souterrain truffé de cartes militaires et de radios d'époque.

Pour terminer cette aventure saïgonnaise, je pars m'enfoncer dans le mythique delta du Mékong, le « grenier à riz » du Vietnam. À seulement quelques heures de la métropole, le paysage s'est métamorphosé en un labyrinthe aquatique infini, brodé de canaux ombragés par les palmiers d'eau. Embarqué sur une pirogue traditionnelle, je laisse, de nouveau, le tumulte de la ville derrière moi pour glisser au rythme nonchalant du fleuve. Entre les étals colorés des marchés flottants où l'on s'échange ananas et mangues d'une barque à l'autre et l'accueil chaleureux des habitants des berges, je profite pour souffler et me reposer après tant de kilomètres accumulés.

Ce voyage à travers le Vietnam a été une course contre la montre exigeant un rythme soutenu pour relier toutes ces étapes en si peu de temps. Mais en acceptant de me laisser porter par le rythme local et en empruntant les transports traditionnels, j'ai découvert un peuple d'une générosité incroyable, toujours prêt à échanger un sourire. Je quitte donc le Vietnam, pour le Cambodge, avec les paysages de la baie d'Halong et les lumières de Hoi An à jamais gravés dans ma mémoire.

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