Presque neuf ans après mon road trip au Japon, me revoilà à Tokyo. Cette métropole oscillant entre l'effervescence du futur et la sérénité des traditions ancestrales. Choisir d'y passer une semaine complète au moment du Nouvel An a été l'une des décisions les plus judicieuses de ces dernières années. Si l'on m'avait dit un jour que je serais à la fois submergé par une foule compacte et apaisé par le silence d'un temple à quelques mètres de distance, je ne l'aurais pas cru. Retour sur quelques journées intenses dans une mégapole hors du commun.
Mon périple commence par une immersion dans l'antique mémoire de la ville, au coeur d'Asakusa. En franchissant la porte Kaminarimon, sous le poids majestueux de sa lanterne de papier écarlate, j'ai le sentiment de traverser une faille temporelle. L'allée de Nakamise-dori s'ouvre devant moi, un corridor multicolore où s'entremêlent le parfum des gâteaux de riz grillés et le bavardage feutré des passants. Au bout du chemin se dresse le Senso-ji. Devant son brasier d'encens, la fumée sacrée s'élève et bénit les pèlerins. Il s'agit du plus vieux temple bouddhiste de Tokyo, érigé en l'honneur de la déesse Kannon. Il est aujourd'hui l'un des lieux touristiques préférés de la capitale.
Direction ensuite Akihabara avec ses dédales électriques, ses sons synthétiques et ses façades lumineuses. Les immeubles y sont des cathédrales de pixels dédiées aux fans de la pop-culture et de l'imaginaire Otaku. Je me promène le long de ces tours vertigineuses, égarant mon regard sur des étagères peuplées de figurines et de souvenirs. Il y a de nombreuses rues similaires à Tokyo mais c'est ici que vous trouverez le plus grand choix à un prix moindre qu'à Shibuya ou Ginza.
Après un petit trajet en métro, je plonge dans l'épicentre de la fureur contemporaine : Shibuya. Là, je m'abandonne à l'agitation du mythique Shibuya Crossing. Traverser ce carrefour au signal vert, c'est se fondre dans une marée humaine, une danse orchestrée par des milliers de trajectoires. Après avoir rendu un hommage silencieux à la fidélité de la statue de Hachiko, je me dirige, à quelques minutes de marche de là, vers le quartier de Harajuku qui offre une ambiance totalement différente.
D'un côté, on trouve la célèbre Takeshita Street. Un véritable kaléidoscope d’extravagances où la jeunesse expose ses parures les plus audacieuses. Et de l'autre, le sanctuaire Meiji-jingu. Un immense complexe shintoïste, qui comprend un jardin impérial de cent mille arbres, deux grands Torii et un temple sacré où de nombreux mariages traditionnels sont célébrés chaque week-end.
Lorsque la soirée tombe, c'est vers Shinjuku qu'il faut se rendre. Il combine subtilement plusieurs visages tels que quartier d'affaires, haut lieu de la vie nocturne et spot de shopping. C'est vraiment un océan de lumières artificielles à la démesure étourdissante. Mais la véritable magie m'attend au creux des ruelles d'Omoide Yokocho. Des comptoirs minuscules, au milieu des effluves de charbon de bois et du grésillement des yakitori, où il fait bon de s'arrêter. Dans cet espace restreint, bercé par le cliquetis des verres de saké, on goûte vraiment à la saveur de Tokyo.
Cependant, non loin de Shinjuku, on trouve rapidement le quartier de Kabukicho. Fréquentable en journée par le grand public, il y règne une atmosphère pour adultes à la nuit tombée. Sous les enseignes illuminées, les bars populaires côtoient des établissements plus privés comme les love hotels et les soap lands où la prostitution est parfois présente. Pas d'inquiétude, cela reste malgré tout un endroit relativement safe. Néanmoins, pour éviter tout malentendu, n'acceptez pas l'invitation des rabatteurs parfois (très) insistants.
Le quartier de Roppongi est connu des touristes et des expatriés comme le lieu branché pour sortir en soirée. Ce district est principalement un vaste complexe urbain appelé Roppongi Hills avec aux alentours plusieurs lieux d'expositions artistiques. De mon humble avis, ce n'est pas un coin à visiter en priorité. Je pointerai néanmoins une curiosité touristique ultra-connue, le Tokyo Tower, qui se situe à quelques centaines de mettre du Roppongi Hills. Cette copie orange et blanche de la tour Eiffel culmine à plus de 300 mètres de haut et propose un point de vue unique sur la ville.
Lors de mon séjour, j'ai séjourné dans un petit hôtel dans le quartier de Ginza. C'est l'un des plus fameux quartiers de Tokyo pour son attrait haut de gamme : haut-lieu du shopping de luxe agrémenté par des galeries d'art, de nombreux grands restaurants et de beaux cafés. Pas vraiment ce qui attire mon regard quand je suis à l'étranger, j'ai choisi ce quartier pour son aspect central. Depuis Ginza, il est très facile de rejoindre les autres quartiers populaires via le métro.
Depuis Ginza, il faut une dizaine de minutes à pied pour rejoindre l'enceinte du palais impérial. Entouré par ses douves d'origine, le palais abrite la résidence actuelle de l'Empereur ainsi que plusieurs parcs dont seuls certains sont ouverts au public. Comme d'autres monuments historiques japonais, le domaine, qui s'étend sur 21 hectares, a subi les affres de l'Histoire. Détruit par un incendie en 1873, pour être rebâti dès 1888, il a été ensuite rasé lors de la Seconde Guerre mondiale, puis reconstruit en 1968. La visite des jardins intérieurs n'est possible que deux jours par an : le 2 janvier, lors de la présentation des voeux de nouvelle année et le 23 février, pour l'anniversaire de l'Empereur Naruhito.
Le point d'orgue de ma semaine s'est déroulé hors de la ville, lors d'une excursion d'un jour vers le Mont Fuji et le lac Kawaguchiko. L'hiver est la meilleure saison pour admirer le Mont Fuji, car le ciel est souvent d'un bleu limpide. Et quelle claque !!! Le panorama est digne d'une carte postale. Le Mont Fuji, majestueux et enneigé à son sommet, vaut vraiment le détour. J'ai ensuite passé l'après-midi à flâner sur les rives du Lac Kawaguchiko, capturant le reflet parfait du Mont Fuji dans l'eau calme. Un moment de pure plénitude ... à la japonaise.
Repartir de Tokyo après une telle semaine a été vraiment difficile. La ville possède une magie unique, où la ferveur collective se mêle à une immense paix intérieure. C'est un voyage qui, je le sais, restera gravé en moi pour toujours. Et si l'occasion se représente, j'y retourne sans hésiter.