Au coeur de la terre des aigles

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Road Trip Albanie

L'Albanie est une terre fascinante, faites de contrastes sauvages, oscillant entre de hauts sommets, lacs interminables, cités ottomanes et une véritable hospitalité. Découvrir ce pays en une semaine, du nord au sud, a été une très belle aventure d'une intensité rare.

Tirana

Lorsque j’ai posé mes valises à Tirana, je ne savais pas exactement à quoi m’attendre. J'avais lu qu'il s'agissait d’une capitale en pleine mutation, mais vivre ce choc visuel et culturel de l’intérieur est une toute autre expérience. Dès mes premiers pas dans les rues, l’énergie de la ville m’a sauté aux yeux : un mélange vibrant de vestiges communistes, de mosquées ottomanes et de façades peintes de couleurs éclatantes.

Ma découverte a naturellement commencé par l’immense place Skanderbeg. C’est le coeur battant de la ville. En me tenant au centre de cet espace piétonnier colossal, pavé de pierres venues de toutes les régions d’Albanie, je me suis senti tout petit. D'un côté, la statue équestre du héros national Skanderbeg domine la place ; de l'autre, la façade du Musée d’Histoire Nationale m’a immédiatement captivé avec sa mosaïque géante illustrant l'histoire du pays.

Juste à côté, le contraste est saisissant : la délicate mosquée Et'hem Bey, datant du 18ème siècle, offre une parenthèse de calme. En poussant sa porte, j'ai été émerveillé par les fresques intérieures représentant des cascades et des forêts, des motifs très rares dans l'art islamique traditionnel. Quelques mètres plus loin, je suis monté au sommet de la Tour de l'Horloge pour embrasser une première vue panoramique sur les toits de la ville et les montagnes au loin.

Mais pour vraiment comprendre Tirana, il faut plonger dans son passé récent. Je me suis donc dirigé vers Bunk'Art 2, situé en plein centre-ville. Entrer dans cet ancien bunker souterrain secret du gouvernement dictatorial procure un frisson immédiat. Les couloirs sombres et les expositions poignantes sur la surveillance d'État sous Enver Hoxha m'ont laissé sans voix. Pour prolonger cette immersion poignante, je suis aussi allé voir la Pyramide de Tirana, cet ancien mausolée érigé à la gloire du dictateur, aujourd'hui entièrement réinventé en un centre culturel et numérique hypermoderne. Escalader ses marches extérieures pour voir la jeunesse locale s'y réapproprier l'espace est sans doute le symbole le plus fort de la résilience albanaise.

Comme dans chaque grande ville, on ne peut pas manquer les différents édifices religieux, souvent témoins des événements passés et présents. Je prends le temps de citer la cathédrale orthodoxe de la Résurrection-du-Christ qui est la troisième plus grande structure de ce type dans les Balkans. Sans oublier la Grande Mosquée de Tirana, également connue sous le nom de la Mosquée de Namazgâh. Située à proximité du parlement albanais et elle présente une architecture ottomane qui me fait penser à la mosquée Nur-Sultan que j'ai pu voir à Astana.

Mon tour de la ville se termine dans le quartier du Blloku. C’est fascinant de penser que cette zone, autrefois strictement réservée aux élites du parti communiste et interdite au reste de la population, est devenue l'épicentre de la vie nocturne. En m'installant en terrasse pour savourer un café avant de goûter aux spécialités locales, entouré d'une jeunesse chaleureuse et effervescente, j'ai compris une chose : Tirana n'est pas seulement une ville que l'on visite, c'est une ville qui se vit à 200 à l'heure.

Kruja

Il est temps de bouger et de découvrir d'autres villes du pays. Dès le lendemain, j'ai mis le cap vers le centre du pays, j'ai fait halte à Kruja, le berceau de l'identité albanaise. Perché à flanc de montagne, le château fortifié semble veiller sur la vallée. J'ai adoré me perdre dans les allées pavées de son vieux bazar ottoman en bois, le plus ancien du pays, où les artisans tissent encore le tapis sous les yeux des passants. L'odeur du café turc et des tapis de laine brute y crée une atmosphère hors du temps.

Berat

La suite de mon voyage m'a mené vers l'un des joyaux de l'UNESCO : Berat, la « ville aux mille fenêtres ». En arrivant, le choc visuel a été total : des dizaines de maisons ottomanes blanches aux fenêtres alignées semblent grimper les unes sur les autres à flanc de colline, dominées par une citadelle toujours habitée. J'ai passé des heures à arpenter les ruelles de pierre blanche des quartiers de Mangalem et Gorica, séparés par la rivière Osum, avant de goûter dans une taverne locale à un Fergesë brûlant, une spécialité locale de poivrons et de fromage de brebis fondu. Succulent mais mon estomac s'en souvient.

Gjirokastra

Mon périple s'est achevé plus au sud, non loin de la frontière avec la Grèce, à Gjirokastra, la « ville de pierre ». Ici, l'architecture ottomane prend une tournure fortifiée unique avec ses maisons-tours en pierre grise, les kulle. En grimpant jusqu'au château imposant qui domine la vallée, j'ai eu l'impression de feuilleter un livre d'histoire à ciel ouvert. Marcher sur ces pavés d'ardoise luisants sous la lumière dorée de la fin de journée m'a procuré un sentiment de plénitude incroyable.

Shkodra

Je vais tricher un peu maintenant. Puisque la ville suivante, je n'ai pas eu l'occasion de la visiter en décembre comme les autres villes mais au mois d'avril de la même année lorsque j'étais au Monténégro. Soyez indulgent, elle mérite amplement sa place dans cet espace dédié à l'Albanie. Situé dans le nord du pays, Shkodra, l'une des plus anciennes villes du pays. Posée au bord de son lac immense, elle dégage une douceur de vivre unique, très balkanique. J'ai commencé par parcourir les ruelles piétonnes avant de grimper jusqu'aux ruines de la forteresse de Rozafa. De là-haut, suspendu entre les rivières qui s'entrelacent et les montagnes maudites au loin, le lac de Shkodra offre un spectacle de toute beauté.

Ce voyage à travers l'Albanie a été une course contre la montre intense, exigeant d'avaler les kilomètres sur des routes parfois sinueuses et d'accepter un rythme soutenu pour lier toutes ces étapes. Mais la beauté brute des paysages, la richesse culturelle de ces cités préservées et, par-dessus tout, la gentillesse désarmante des Albanais ont rendu ce séjour magique. En quittant la Terre des Aigles, j'ai eu la certitude d'avoir découvert l'un des derniers secrets les mieux gardés d'Europe.

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